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Une oeuvre à découvrir

Le Christ au Roseau de Giovanni Battista Caracciolo, XVIIe siècle

ACCÈS : 5E ETAGE
Espace accessible aux personnes à mobilité réduite


L’arrivée du Caravage à Naples, à l’automne 1606, fait l’effet d’un coup de tonnerre. L’école de peinture locale est alors engluée dans un maniérisme provincial où priment la complexité des compositions et le dessin. Avec les Sept Œuvres de miséricorde et La Flagellation du Christ, le Caravage renouvelle la peinture napolitaine. La beauté de ces tableaux naît de leur brutalité : brutalité des éclairages aux clairs obscurs très contrastés, brutalité des personnages, de leur apparence, de leurs gestes, de leurs expressions. Si le maniérisme montrait des personnages raffinés dans des espaces compliqués, le Caravage préfère des scènes dramatiques dont les acteurs, saints ou héros, sont pris dans le peuple de Naples.

CaraccioloGiovanni Battista Caracciolo, dit "Battistello", fut le premier peintre napolitain à suivre la voie caravagesque et est considéré comme le plus prestigieux des maîtres de la grande peinture napolitaine du XVIIe siècle. Avec lui s’affirme l’orientation moderne de l’art à Naples, qui met fin aux nombreuses expériences encore maniéristes d’origine romano-florentine et vénitienne qu’avaient fait prévaloir au début du siècle des artistes comme Corenzio, Santafede, Curia, Imparato ou Forlí. Battistello, au contraire, s’inspire directement de Caravage, dont il étudie non seulement les œuvres laissées dans les églises napolitaines, mais aussi celles qui furent exécutées à Rome.

Dès ses débuts, Battistello opte ainsi pour un luminisme constructif, qui se révèle parmi les plus « engagés », même par rapport aux expériences romaines. En revanche, la recherche naturaliste apparaît déjà chez lui, dès cette première phase, fort estompée et fort éloignée de celle qu’on aurait pu penser trouver dans l’interprétation d’un peintre aussi directement lié à l’enseignement de Caravage. Battistello tenta toujours de valoriser les volumes de la composition grâce à l’incidence de la lumière, même lorsque, à la suite de nouvelles expériences à Rome et à Florence, il renonça définitivement à une représentation précise et naturaliste. Il adopta alors un formalisme solennel, attitude à laquelle n’étaient pas étrangers le succès d’Annibale Carracci à la galerie Farnèse et l’impression ressentie au contact direct des grands modèles florentins du cinquecento. Ainsi s’explique ce curieux accent qui rappelle presque les débuts du Maniérisme et qui, malgré la modernité de son langage, semble caractériser la position unique de Caracciolo au sein de la peinture napolitaine du XVIIe siècle : un initiateur, un intermédiaire et pourtant un isolé.

Après le grand moment caravagesque du début du siècle, le Seicento napolitain s’ouvre à des voies très diverses, presque contradictoires, dans le second quart du XVIIe siècle. Naples n’adhère pas complètement aux principes de la peinture baroque qui s’organise dans les années 1630 à Rome autour de Pierre de Cortone. Les Napolitains sont fascinés par les œuvres de Rubens et de Van Dyck qui arrivent dans leur cité, ils s’intéressent aux grands maîtres vénitiens du XVIe siècle (Le Titien, Véronèse), et aussi au courant néovénitien qui s’affirme alors à Rome. De là, un goût prononcé pour la couleur : un chromatisme chatoyant qui va en s’affirmant. Dans le même temps, l’influence du Caravage avait été contrebalancée par les grands peintres classiques bolonais, héritiers des Carrache et de Raphaël, qui viennent à Naples après 1620 comme Guido Reni, Giovanni Lanfranco ou le Dominiquin.


- "Le Christ au roseau", 2006 © Musée Paul Delouvrier

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